Chronique économique de Roger Cukierman du 15 janvier 2012 sur RCJ 94.8

118 Chronique économique de Roger Cukierman du 15 janvier 2012 sur RCJ 94.8

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Qui sont les agences de notation ?

Elles sont trois :

Standard and Poors contrôlée par l’éditeur Mc Graw Hill qui publie notamment Business Week

Moody’s dont Warren Buffet est un actionnaire important

Et Fitch, société française contrôlée par Marc de Lacharrière et à 40% par le groupe américain de médias Hearst

Je ne résiste pas à la tentation de rappeler que ces agences n’ont rien vu des dangers que représentaient  Enron, ou les subprime, ou Lehman Brothers, ou la Grèce.

Quelles nouvelles décisions ont-elles prises ?

Standard and Poors a enlevé le triple A à la France avec perspective négative et possibilité de revoir à la baisse. En ce vendredi 13, et à 100 jours de l’élection présidentielle, c’est évidemment un échec pour la France. L’agence a aussi enlevé le triple A à l’Autriche et a parallèlement dégradé l’Espagne, le Portugal, l’Italie et quelques autres. L’Italie se trouve même ramenée au triple B, c’est-à-dire au même rang que le Kazakstan. Quant à la Grèce, le risque de faillite fait partie des options. Seule l’Allemagne est épargnée.

La France n’est pas en si mauvaise compagnie puisque ni la Chine, ni les USA, ni le Japon ne bénéficient du triple A. Parmi les grandes économies mondiales seule la Grande Bretagne a conservé ce titre de gloire, alors que sa situation n’est pas florissante. Il est vrai que les mesures prises par le nouveau gouvernement conservateur ont été autrement plus radicales en termes de réduction des dépenses que les mesures françaises.

Quels sont les critères des agences de notation ?

Le sujet c’est la capacité de rembourser les dettes, tant pour les entreprises qui demandent à être notées que pour les états. Cette capacité se juge pour les états sur l’importance de la dette publique et du déficit budgétaire en pourcentage du PIB ; mais aussi sur les perspectives de croissance qui permettraient de réduire les déficits ; et enfin sur la situation du système bancaire, et bien sûr sur la stabilité politique.

Quelles sont les causes de la dégradation subie par la France ?

C’est 35 ans de budget constamment déficitaire. Nous finançons par la dette publique, c’est-à-dire à crédit,  une politique sociale extrêmement généreuse. Beaucoup de Français attendent tout de l’état et ne voient guère de vertus dans le travail. Où trouve-t-on ailleurs qu’en France des défenseurs des 35 heures et de la retraite à 60 ans ? Nous sommes devenus un pays égalitariste qui protège le citoyen contre tous les risques de la vie et qui privilégie la consommation à l’industrie. Nos entreprises subissent des charges sociales nulle part égalées ce qui handicape considérablement notre compétitivité. Et puis, à la différence des Britanniques, quand on parle de rigueur cela se traduit régulièrement en France par plus d’impôts sans effort supplémentaire significatif de réduction des dépenses. Ces derniers mois nous avons eu 17 milliards d’impôts supplémentaires et seulement 2 milliards de réduction des dépenses. Cela a pu contribuer à la décision de Standard and Poors.

 Quelles seront les conséquences de cette dégradation de la note de la France?

Normalement la perte du triple A devrait entraîner un renchérissement des conditions d’emprunt. Avec une dette de 1.600 Milliards d’euros il est facile de déterminer que 1 % de renchérissement du taux d’intérêt signifierait théoriquement en année pleine 16 milliards d’euros. Mais il y une bonne part de la dette qui est à court terme et pour laquelle le renchérissement sera nettement moindre.

En vérité, les marchés avaient anticipé ce changement de notation. L’Allemagne emprunte à dix ans à un peu moins de 2 % et la France à 3 %. Il n’y a donc pas de raison de penser que nos conditions d’emprunt doivent encore empirer. Sauf à ce que l’effet d’émotion ait un impact supplémentaire. Je n’y crois pas. Il faut attendre que la nouvelle soit digérée.

Il faudra aussi prendre en compte les conséquences indirectes de la perte du triple A. La notation des entreprises publiques comme la Caisse des dépôts ou les collectivités locales ne manqueront pas d’être affectées.

On peut craindre aussi pour le statut de triple A du FESF dont les deux principaux contributeurs sont la France et l’Allemagne.

Et puis il y aura des conséquences politiques. Comment vont réagir les électeurs face à cet échec ? L’élection présidentielle risque de déjouer bien des pronostics.

Que faudrait-il faire ?

Il faut des réformes structurelles dans tous les pays de l’euro zone, en introduisant plus de rigueur là où le laxisme a régné. Il faut appliquer ce principe assez simple : on ne doit pas dépenser plus que ce qu’on gagne. Ce n’est pas évident quand on doit, en même temps, prendre des initiatives de croissance, bien nécessaires lorsqu’on a autant de chômeurs. Il faut aussi et peut-être surtout réformer la gouvernance européenne, en introduisant plus de fédéralisme. Il faut donner à la BCE les mêmes pouvoirs que le Fed américain et la Banque d’Angleterre, notamment le pouvoir de racheter la dette publique. Vaste programme si près de notre élection présidentielle !

Je plains les candidats qui devront présenter des programmes de rigueur, s’ils veulent être crédibles, alors que leur tendance, bien naturelle, serait de promettre des lendemains meilleurs aux électeurs !

Mesdames et messieurs les candidats, à vos calculettes !