Chronique économique de Roger Cukierman sur RCJ 94.8 le 11 Décembre 2011

Le Merkozy

Les mesures annoncées seront-elles capables de sauver l’euro ?

Rien que du  déjà vu ! C’est un large patchwork qui contient tout sauf ce qui pourrait inspirer la confiance à savoir la solidarité d’une eurozone fédérale qui mutualiserait les risques, et ou une banque centrale qui annonce que, comme ses confrères américain et britannique, elle rachètera les dettes souveraines.

Les sanctions, la règle d’or, le FESF ou son équivalent, le mécanisme européen de stabilité, les promesses de coordination, le contrôle a priori des budgets nationaux par Bruxelles, la baisse des taux de la BCE, l’aide aux banques, tout cela risque d’apparaître comme insuffisant ou inadapté.

Rien de positif dans cet accord ?

Si, le fait de confier à la BCE, dirigée par Mario Draghi, un rôle accru, le soin de gérer les fonds de secours de la zone. Cela permet d’espérer que la BCE finira par glisser du rôle de gestionnaire au rôle de pompier de l’euro. Autre novation positive : la majorité qualifiée passe de 100 % à 85 % des voix s’il y a procédure d’urgence. Un petit pays ne pourra plus bloquer le système.

La seule chose certaine c’est la fin de la croissance européenne qui se traduit déjà par une baisse des rentrées fiscales, par le credit crunch autrement dit l’arrêt du crédit d’un système bancaire aux abois, et par la difficulté croissante à trouver des prêteurs. On comprend la nervosité des agences de notation.

N’est-il pas étonnant que l’Allemagne citée partout comme le modèle de bonne gestion soit aussi menacée de dégradation de sa note par les agences de notation ?

Ce n’est pas vraiment surprenant ? Tout d’abord comme le Japon et l’Italie sa démographie est inquiétante.  De plus, ce modèle de compétitivité et de discipline connaît un net ralentissement de sa croissance. Le PIB 2012 sera en croissance zéro et le chômage progressera à plus de 7%.  Enfin et surtout la crise de l’euro met en danger tous les membres de l’eurozone. S’ils ne savent pas être solidaires dans le partage des risques, ils seront solidaires dans la catastrophe d’une implosion de l’euro. Car la faillite de l’eurozone signifierait pour l’Allemagne la perte à la fois de ses créances financières et de son marché d’exportation.

Cela ne rejoint-il pas les prévisions pessimistes de Charles Gave ?

Oui, Charles Gave, financier franco américain qui vit à Hong Kong dit depuis dix ans que l’implosion de l’euro est inévitable et même souhaitable pour enregistrer la perte et repartir sur des bases saines. Il estime que l’euro bloque les deux variables nécessaires à une économie : le taux de change et le taux d’intérêt. Selon lui l’Allemagne qui exporte ses produits industriels vers l’Europe se trouvera en face de clients en faillite et sera donc également prise dans la débâcle européenne.  Les banques allemandes ne pourront y échapper compte tenu de leur très forte exposition aux dettes souveraines européennes.

Tout ce branle bas de combat signifie-t-il que l’Euro risque tôt ou tard d’exploser ?

 Plaçons-nous par hypothèse le lendemain de la disparition de l’euro. Sur les 17 pays membres de la zone euro, un pays, l’Allemagne,  verrait sa monnaie, le Mark, réévaluée, probablement de 20 à 30 %. Les 16 autres pays verraient leurs monnaies, franc, lire, peseta etc . dévaluées dans une fourchette située entre 20 et 40 %.

Mais la dette de ces 16 pays, aujourd’hui située à près de 100 % de leur PIB, resterait, elle, fixée en euro.

Cette dette serait donc automatiquement augmentée des 20 à 40 % de la dévaluation.

De surcroît le marché imposerait une flambée du taux d’intérêt à payer sur cette dette. On arrive immédiatement à une impossibilité de remboursement. C’est la faillite de la plupart des pays de l’eurozone, et aussi des banques, des compagnies d’assurance et de tous les prêteurs des emprunts d’état.

Qui a intérêt à un tel désastre ? Ni les prêteurs, (Leurs créances disparaîtraient), ni les partenaires commerciaux… ( Ils n’auraient plus à qui vendre leurs produits ).

Ni l’Allemagne, ni les USA, ni la Chine, ni les autres n’ont intérêt à un tel cataclysme.

Donc je pense que, in extremis,  on trouvera une solution pour sauver l’euro.

Quelle solution ?

Au-delà des rafistolages, c’est soit la solidarité, soit la planche à billets de la BCE.

La solidarité ce serait que l’Allemagne accepte que l’eurozone devienne un état fédéral solidaire comme les USA ou la République fédérale allemande.

 Alternativement ou parallèlement, la planche à billets. Ce serait l’introduction d’une variable sur les prix et les salaires qui réduirait la valeur réelle de la dette avec comme conséquence la baisse de l’euro contre les autres monnaies, d’où amélioration de la compétitivité européenne.

Tuer l’euro serait une terrible responsabilité. J’ose espérer que les dirigeants de l’eurozone  voudront que l’Europe, sans la Grande Bretagne puisqu’elle n’y a pas convenance,  reste présente et active parmi les grands ensembles du monde économique.