Chronique économique de Roger Cukierman sur RCJ 94.8 du 2 octobre 2011

Pourquoi ce relatif rebond boursier ?

Parce qu’on espère mettre en œuvre une formule qui permettrait de démultiplier les capitaux disponibles pour le soutien à la lutte contre les défaillances de dettes souveraines.

Le renforcement des moyens du FESF Fonds européen de stabilité financière sur lequel les 17 membres de l’euro se sont mis d’accord le 21 juillet, est en cours de ratification par les 17 parlements de la zone euro. 11 pays l’ont déjà ratifié dont l’Allemagne tout récemment avec une très large majorité au Bundestag. Il  reste quatre pays qui doivent encore ratifier l’accord. La dernière ratification n’interviendra que le 13 octobre date fixée par le gouvernement de la Slovaquie qui tenait absolument à être le dernier à ratifier. Où va se nicher la vanité ! Il est vrai qu’un fort courant populaire s’oppose à la ratification.  

Or le temps des marchés n’est pas le même que celui des politiques comme le dit notre ministre des finances François Baroin. Il y a urgence. Ainsi la Grèce doit trouver 8 milliards de dollars pour une échéance de mi-octobre qui pour l’instant n’est pas assurée.

 En quoi consiste cette solution miracle ?

Le FESF complètera alors, avec sa dotation de 440 milliards d’euros, ses achats d’obligations d’état des pays en difficulté. Mais surtout l’idée nouvelle c’est qu’il ira ensuite emprunter auprès de la BCE des montants complémentaires nettement supérieurs aux 440 Milliards, son portefeuille d’obligations souveraines étant déposé en garantie. Cet effet de levier serait de près de 10 pour un, si le FESF adoptait le statut de banque. Cela répondrait largement aux besoins éventuels de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande, et de l’Italie, sans oublier Chypre, mais aussi à tout besoin de recapitalisation des grandes banques.

 Pour mettre fin aux attaques spéculatives contre la zone euro, rien de tel que de multiplier par dix le potentiel d’intervention du FESF.

Mais n’est-ce pas de la création monétaire ?

Evidemment ! Ne nous leurrons pas : ce serait, qu’on le veuille ou pas, de la création  monétaire, ou pour imager le propos c’est de la planche à billets. Mais il faut bien arbitrer entre le risque d’inflation qui paraît lointain et la menace de crise et de récession qui frappe dès maintenant à la porte de l’Europe.

Est-on sûr de l’accord unanime sur cette formule ?

Non rien n’est encore fait. Il faut attendre la ratification et surtout il faut encore convaincre les allemands de cette formule de banque dont ils voient bien la non orthodoxie. Et sans doute faudra-t-il à nouveau passer devant les 17 parlements européens pour faire accepter le changement de statut du FESF.

Où en est-on pour nos banques  ?

Les banques françaises se préparent à affronter la nécessité de renforcer leurs fonds propres. En parallèle elles essaient d’alléger leur bilan en vendant, mais à qui, au moins une partie de leurs engagements longs sur l’immobilier, ou des financements spécialisés des avions, des bateaux et des grands projets qui présentent l’inconvénient d’être libellés en dollars, moins faciles à trouver pour des européens.

Est-on à la veille d’une récesssion ?

Le danger est très réel. La crise de l’euro oblige les états européens à la rigueur budgétaire. Elle oblige les banques à réduire leurs engagements. Le ralentissement économique est déjà palpable. Il inquiète le monde entier. Les USA appellent l’Europe à faire des plans de relance. Les gros détenteurs de réserves monétaires, Chine, Inde, Brésil, et Japon ne veulent pas être dans la dépendance du seul dollar et seront prêts à acheter de la dette européenne si un plan sérieux peut les rassurer. C’est le message que vient d’envoyer le Japon soucieux aussi de réduire la flambée du yen.

 

 

Mais ne nous faisons pas d’illusions, la crise actuelle n’est qu’une étape. Nous devrons affronter encore bien d’autres péripéties dans cette Europe en formation qui craque de tous côtés en attendant d’atteindre à l’unité et à la puissance rêvée par ses fondateurs Jean Monnet et Robert Schuman !

Ceci dit je souhaite à tous les auditeurs de RCJ une bonne et heureuse année !