Chronique de Roger Cukierman sur RCJ 94.8 le 18 septembre 2011: Le risque bancaire

On entend de plus en plus parler de faillites bancaires. Est-ce une rumeur justifiée ?

Ces rumeurs sont favorisées par les déclarations de Christine Lagarde qui, au nom du FMI, s’inquiète de l’insuffisance en fonds propres des banques européennes. La démission du chief economist de la BCE, opposé au rachat des obligations d’état  par la BCE, va dans le même sens.

Cette inquiétude peut surprendre si on pense qu’à mi juillet l’Autorité bancaire européenne indiquait que, sur les 90 banques soumises à des tests de résistance, 82 donnaient pleine satisfaction et, parmi celles-ci,  toutes les plus grandes banques françaises.  Ces mêmes banques avaient d’ailleurs déjà  mieux résisté que leurs concurrentes américaines à la crise de 2008. 

Pourtant les stress tests disaient que les banques étaient correctement capitalisées

Les stress tests ont été faits sans prendre en compte le risque de faillite d’un pays européen, donc de non remboursement des obligations d’état. C’était politiquement incorrect. En fait les banques françaises se contentent de provisions de l’ordre de 20 % sur les risques de pays considérés comme les plus fragiles, principalement la Grèce.

Comment expliquer que la valeur boursière de nombreuses banques ait baissé de moitié en quelques semaines ?

 Le destin des banques est lié à celui des états. La quantité de produits toxiques de chaque banque étant incertaine, les banques risquent de réduire le crédit interbancaire et donc d’accentuer le risque de récession. Cette crainte de la récession est perceptible aussi bien aux USA qu’en Europe.

Mais c’est surtout le risque de défaut des dettes souveraines de l’un des cinq pays européens fragiles qui pose problème. Il s’agit de la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et l’Italie. Et l’exposition des banques aux dettes publiques des maillons faibles de la zone euro est forte.

Selon la BRI les prêts des banques françaises aux 5 pays européens les plus fragiles représentent trois fois leur capitalisation boursière. Mais il faut corriger cette remarque par le fait que des banques comme la Société Générale et le Crédit Agricole ont été particulièrement maltraitées par les marchés boursiers et ne valent en bourse que le tiers de leur actif net comptable autrement dit de leurs fonds propres.

Soyons précis ! Mes économies sont-elles en danger ?

Non,  mais je veux bien traiter cette hypothèse parfaitement théorique à mes yeux.

 Même en cas de faillite, le danger pour les clients des banques est en réalité très faible.
Tout d’abord il faut distinguer entre les dépôts d’espèces et les dépôts de titres : actions, obligations, ou Sicav diverses.

Les titres sont déposés à la banque mais ne figurent pas dans son bilan. Si la banque disparaît les titres déposés restent à votre disposition. Leur valeur aura peut être diminué du fait des réactions des marchés boursiers ou si, à l’intérieur des Sicav, figuraient des prêts à la banque. Mais vous récupérerez vos titres.

En revanche les dépôts d’espèces en compte courant ou en dépôts à terme figurent eux à l’actif du bilan de la banque. Si la banque fait faillite ces dépôts sont perdus. Toutefois  les dépôts de chaque client particulier sont garantis par un système de mutualisation à hauteur de 100.000 €. C’est même une norme européenne. Donc vos pertes ne se compteraient qu’au-delà de cette garantie.

Y a-t-il un risque de faillite bancaire en France ?

Oui si l’euro explosait et que les créances des banques sur des obligations d’état  n’étaient pas remboursées. Il faut ajouter que les banques françaises ont joué pleinement le jeu du développement européen en investissant dans les banques des divers pays de la zone euro. On ne peut pas leur faire reproche d’avoir joué la carte de l’Europe, mais cela fait autant à provisionner si un de ces pays est en défaut de paiement.

Tout le monde a en tête l’exemple de la faillite de Lehman Brothers. Cet exemple ne donne-t-il pas à réfléchir sur une hypothèse comparable pour nos banques ?

Chacun reconnaît aujourd’hui que cette faillite fut une erreur majeure dont les conséquences furent désastreuses. Il fallait tout faire pour l’empêcher. Cette leçon est dans la tête de nos dirigeants politiques comme dans celle des dirigeants des banques centrales. Donc nul doute que si une crise éclatait nos dirigeants feraient tout pour éviter la faillite d’un grand établissement bancaire. D’autant que les banques européennes financent 80 % des besoins des entreprises, le marché n’intervient que pour 20 %. Aux USA c’est l’inverse. Il est inimaginable qu’on laisse un tel désastre se produire. Au pire, l’Etat interviendrait comme nouvel actionnaire.

Donc j’ai la conviction très ferme que l’hypothèse de la faillite d’une grande banque européenne est une hypothèse qu’on peut exclure.