| Lettre à Arik Par Par Marc Femsohn pour Guysen |
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Cela fait cinq ans, presque jour pour jour, que je suis en colère contre toi, Arik, et j’ai mal. Mal pour toi, mal pour notre pays. Cela fait cinq ans que tu nous as abandonnés. Tu es parti au moment où tout était possible, au moment où toi, et personne d’autre, pouvais nous imposer les décisions qui nous auraient sortis de l’impasse. En fait, j’ai toujours été en colère contre toi et je t’ai toujours admiré. Après avoir quitté l’uniforme, bien qu’issu de la gauche, tu rejoins le Likoud après ton premier échec avec le Shlomzion. Puis tu forces la main à Menahem et tu nous entraînes au Liban pour nettoyer le « Fatahland ». Je sers alors sous tes ordres, puisque tu es mon ministre de la Défense. Et je t’admire, car une fois de plus, tu incarnes la force d’Israël dans sa lutte contre le terrorisme. Et puis, je fus tellement en colère que j’allais manifester contre toi après Sabra et Chatila. Non pas que tu fus coupable du massacre, mais parce que tu avais terni l’image d’Israël en te laissant manipuler par le jeu des factions libanaises. Puis je tentais de t’oublier. Je fus encore en colère, mais pas surpris, lorsque tu t’opposas aux accords d’Oslo qui furent assassinés avec Yitshak. Après la défaite de Shimon, celle de Bibi dont tu fus le ministre des Affaires étrangères et la déception d’Ehoud, dont tu précipitas la chute après ta visite sur le Mont du Temple, tu accèdes enfin au poste de Premier ministre. Une fois de plus, je suis en colère parce que je n’ai pas voté pour toi mais je t’admire et je me dis que toi, au moins, tu mettras un terme à cette Intifada. Et là, tu me séduis, par tes paroles, par tes actes. Une main de fer dans un gant de velours. Tu réponds au coup par coup, en dépit des pressions internationales, mais tu es aussi le seul à pouvoir imposer, auréolé de ton prestige, les concessions nécessaires, celles qui font mal, mais dont nous savons tous, au fond de nous, quelque soit notre bord, qu’il faudra bien accepter à plus ou moins long terme. Bien sûr, Goush Katif fut un drame, une déchirure, mais tout autre que toi nous aurait entraînés dans une guerre fratricide. Et c’est au moment où tu crées ton propre parti, abandonnant les frileux des deux côtés de l’échiquier politique, regroupant autour de toi ceux de gauche qui ont compris, comme Shimon, qu’Oslo est mort, qu’il faut demeurer intraitable sur les questions de sécurité et ceux de droite, à ton image, que nier la réalité n’a qu’un temps et que celui-ci joue contre nous, c’est à cet instant précis que tu nous abandonnes, juste au moment où ma colère avait disparu, où mon admiration était intacte, au moment où, enfin, nous allions nous rencontrer, où j’allais voter pour toi. Après les doutes de la deuxième guerre du Liban, après la confiance revenue, mais le travail inachevé de « Plomb durci », il faut nous préparer pour la prochaine épreuve, avec l’Iran, avec le Hezbollah, avec le Hamas, mais aussi pour les négociations. Qui aura ton charisme, ta « khoutspa »? Qui saura imposer nos conditions à nos ennemis et la raison au peuple sans rechercher la popularité, mais avec la conviction de savoir ce qui est bon pour Israël? Je cherche à droite, au centre et à gauche (il n’y en a plus) et je ne trouve pas. Comme toujours, je suis en colère et je t’admire. Tu me manques Arik, tu nous manques, « Shomer Israël ». |