L’amour entre l’homme et la femme, encore une invention des Juifs ? Par Arnold Lagémi

Durant l’Antiquité, chez les Grecs et les Romains notamment, avec des fortunes diverses toutefois, le sentiment d’amour n’était pas nécessairement au centre de la relation entre l’homme et la femme. Le mariage, par exemple, chez les Romains, était surtout un contrat social.

Le sentiment ne s’y greffait pas forcément. Il était, par contre, régi par des règles strictes dont la fidélité pour la femme était l’une d’elles. L’homme n’y était tenu que formellement et la société romaine s’accommodait des libertés que l’homme pouvait prendre en ce domaine.

La littérature mentionne toutefois, la présence de sentiment, voire de passion pouvant animer la relation entre époux mais il s’agit là d’un complément relevant de l’exception.

D’une manière générale, la sexualité n’était dans l’Antiquité qu’une fonction associée à la procréation ou au plaisir, mais pas forcément liée à la présence du sentiment établissant ou validant le mariage.

On entrevoit, dans ces conditions, les raisons pour lesquelles la sexualité s’est accompagnée chez les Grecs et les Romains de tous les débordements dont reforge la littérature. La sexualité n’étant pas une des applications du mariage, elle reste un domaine de libre appréciation.

Le Grec aimait ses parents, ses enfants, le Romain aussi. Mais de là à aimer sa femme et que cet amour soit réciproque était vu par certains auteurs comme une entrave à la liberté, voire à la dignité. Et certains philosophes stoïciens n’hésitaient pas à mettre en garde contre les dangers d’un tel sentiment envers l’épouse qui risquait de limiter l’ampleur et la portée de la liberté. Bref, l’amour pouvait altérer bien plus qu’il n’enrichissait.

Et il y avait un autre risque majeur à la validité de l’amour, sur lequel peu d’auteurs insistent pour ne pas ébruiter une réalité avant gardiste, voire révolutionnaire pour cette période de l’histoire de l’humanité. L’égalité. La notion d’égalité entre époux ne se fonde que, si est partagée entre l’homme et la femme, des biens, des valeurs égales qui, par définition fondraient l’égalité. Or, dans l’Antiquité, seul l’homme reste unilatéralement l’élément valorisant du mariage.

Si l’on modifie cet équilibre par l’adjonction d’un sentiment, non quantifiable qui, de surcroît, serait partagé avec, de part et d’autre, le surenchérissement inévitable dans le jeu amoureux, il y a risque majeur au bouleversement de l’édifice social.

« Je t’aime plus que tu ne m’aimes » ou reconnaître l’existence et l’exigence d’un sentiment commun, sont des ferments révolutionnaires pour l’époque, de nature identique, que proclamer « que tous les hommes naissent libres et égaux en droit » Traduisez, j’apporte plus d’amour que toi dans la communauté du mariage. Ce ne sont que paroles mais qui se veulent exprimer la réalité d’un sentiment, dont les Anciens avaient compris que l’implication sociale pouvant être de nature à bouleverser, voire renverser l’équilibre de la société, il convenait de l’assimiler à l’expression d’une décadence afin d’en dissuader l’éventuelle adoption.

Un autre élément d’une immense portée se greffe sur le contentieux. La relation des Dieux avec les hommes est essentiellement une relation de subordination, un rapport de force. En aucune manière, l’Olympe ou l’Acropole ne déclarent aimer la condition humaine, laquelle s’abstient et, pour cause, d’envisager de faire le premier pas.

Et puis…apparaissent les Juifs qui, les premiers dans l’histoire de la relation avec le Ciel évoquent l’Amour du Créateur pour sa créature. Et la créature qui répond : « Tu aimeras ton D.ieu, de tout ton cœur, de tout ton pouvoir et de toute ton âme. » Tout se passe comme ci, en définissant la relation qu’Il entend établir avec sa créature, D.ieu établit les critères du modèle de la relation entre l’homme et la femme.

Mais il fallait codifier, expliquer ce sentiment nouveau, qui, conférant une connaissance commune apportera les prémices de l’égalité juridique. (Le juridique étant toujours le reflet moral d’une culture, d’une civilisation) J’insiste. En justifiant et recommandant l’amour entre l’homme et la femme, c’est-à-dire en leur reconnaissant l’amour, comme valeur commune, la civilisation hébraïque donnait au mariage une assise égalitaire. Il s’agissait du premier apport patrimonial qui sera la base de toutes les approches définissant le mariage.

Je relisais Echèt Hayl (la femme vertueuse) que les plus amoureux (je plaisante!) lisent en l’honneur de leur femme le vendredi soir. Mais on est très loin des clichés de la femme réservée. Le portrait de la femme aimée est celui d’une femme responsable qui participe aux affaires de la cité, qui revendique et prend des responsabilités. La femme vertueuse est Chef d’Entreprise. Mesdames, réveillez vous, c’est dans le folklore que vous êtes derrière, dans la Thora, vous êtes en tête!

Et, comment ne pas mentionner, l’œuvre d’un Roi car seul un Roi pouvait, devait parler de l’amour entre l’homme et la femme comme le Roi Salomon l’entreprendra dans Chir Hachirim, le cantique des cantiques, le plus beau livre d’amour qui soit, dont certains passages plutôt osés bousculent les clichés guindés issus du Christianisme. On observera, à ce sujet, que les Chrétiens, pris de panique, lorsqu’ils apprirent que l’amour entre l’homme et la femme n’était pas seulement licite mais nécessaire, firent du mariage un sacrement et de l’amour un D.ieu.

Mais n’adore t-on pas toujours ce qui nous manque le plus ?